
Comment Petit Navire adapte ses approvisionnements à l’état des stocks des différentes espèces de thon ?
S'appuyer sur une ressource naturelle issue des océans implique une responsabilité en matière de préservation, ainsi qu'un défi technique. Nina Stief, responsable RSE chez Petit Navire, détaille comment elle accompagne les équipes de l'entreprise sur les questions de préservation des ressources marines et d'approvisionnement. Analyse de l'évolution des stocks de poissons, compréhension des recommandations scientifiques... Son expertise contribue aux décisions qui permettent d'adapter progressivement les approvisionnements de Petit Navire.
Parmi les exemples les plus concrets figure celui du thon albacore de l'océan Indien. Face aux préoccupations exprimées par les scientifiques sur l'état du stock, Petit Navire a volontairement réduit en 2024 de plus de 30 % ses approvisionnements provenant de cette zone par rapport à la période 2017-2019. Petit Navire a aussi diversifié les espèces de thon qu'elle utilise, ses zones d'approvisionnement, et a innové dans la conception de ses produits.
Dans cet entretien, Nina Stief explique comment ces décisions sont prises, comment elles se traduisent concrètement et pourquoi préserver une ressource demande d'adapter en permanence les approvisionnements aux dernières connaissances scientifiques.

Question : comment passe-t-on d'un constat scientifique à une décision concrète sur vos approvisionnements, comme la réduction de plus de 30% du thon albacore de l'océan Indien ?
Nina Stief : Notre décision de réduire nos approvisionnements en thon albacore de l’océan Indien de 30% s’appuie notamment sur les évaluations scientifiques les plus récentes et les recommandations de l’ISSF. Nous prenons en compte différents critères comme l'état des stocks, la disponibilité, les espèces de poisson, leur bassin de population, mais aussi l’avis de nos fournisseurs, de nos équipes…
L’ISSF ? C’est l'International Seafood Sustainability Foundation, une coalition mondiale qui œuvre pour la conservation à long terme et l'exploitation durable des stocks de thon. Elle réunit des scientifiques de renom, des organisations de défense de l'environnement comme le WWF, ainsi que des acteurs majeurs de l'industrie du thon en boîte. Cette organisation, dont Thaï Union Pcl, la maison-mère de Petit Navire, est membre fondateur, avait recommandé de baisser les approvisionnements en thon de l’océan Indien de 11 à 22% d’ici fin 2024 par rapport à la période 2017-2019. Nous avons donc décidé de les baisser de 30%, et de se reporter sur le thon albacore de l’océan Pacifique, car c’est une espèce dont le stock est en bonne santé dans cette zone.
Les décisions sont réévaluées régulièrement, à mesure que les connaissances scientifiques évoluent. Il ne s’agit donc pas d’une seule décision, mais d’un ensemble d’ajustements qui peuvent être mis en œuvre progressivement. Cela peut passer par la réduction des volumes d’albacore provenant d’une zone donnée, le développement d’innovations utilisant davantage de listao, ou encore, lorsque cela est pertinent, par la diversification de nos zones d’approvisionnement. Nous pouvons également faire évoluer notre portefeuille de produits. L’ensemble de ces ajustements est travaillé avec nos équipes achats et nos fournisseurs, afin d’accompagner ces évolutions dans la durée.
Les dernières évaluations scientifiques montrent aujourd’hui une amélioration de la situation : le stock de thon albacore de l’océan Indien est revenu dans une situation favorable. Il n’est plus considéré comme surexploité ni soumis à la surpêche, une situation que les scientifiques qualifient de stock « en bonne santé.»

Question : les consommateurs voient surtout le produit fini. En quoi ces décisions changent-elles ce qu'ils retrouvent dans les rayons ?
Nina Stief : Bonne question ! Du point de vue du consommateur, ces évolutions se font de manière progressive. Nous faisons évoluer notre portefeuille de produits dans le temps, sans changement brutal. Certaines références peuvent comporter davantage de boîtes contenant du thon listao, aux côtés d’autres boîtes contenant de l’albacore.
L'enjeu pour Petit Navire est de trouver également un équilibre entre préservation des ressources, qualité des produits, et attentes des consommateurs.
Question : pourquoi ne pas avoir simplement remplacé l'albacore par une autre espèce partout ?
Nina Stief : Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, déplacer toute la pression sur une autre espèce ne serait pas une solution viable. Comme chaque espèce, chaque bassin de pêche possède sa propre situation et sa propre dynamique, l'objectif est de trouver un équilibre global entre toutes ces espèces de poisson, leurs zones d'approvisionnement, et les volumes prélevés. Selon les zones océaniques, les scientifiques évaluent l'état des stocks de manière indépendante, tous les trois à cinq ans. Petit Navire se base ensuite sur ces données plutôt que sur une logique de substitution.
Il y a également une réalité liée à la recherche et développement (R&D) et à nos procédés de fabrication : chez Petit Navire, nous avons développé des savoir-faire différents selon les espèces. L’albacore est mis en boîte cru avant d’être cuit directement dans son contenant, tandis que le listao est précuit avant sa mise en boîte. Ces deux procédés répondent aux caractéristiques propres de chaque espèce et permettent d’obtenir des produits aux attributs différents. Faire évoluer notre portefeuille suppose donc aussi un travail de R&D pour adapter nos recettes et nos procédés aux espèces utilisées. Changer d’espèce de thon, c’est aussi changer une partie de notre chaîne industrielle, ce qui ne peut se faire du jour au lendemain.
SOURCES
Crédits : Petit Navire.
LES QUESTIONS
QU’ON SE POSE TOUS
Le thon albacore de l'océan Indien continue d'être pêché dans le cadre des règles fixées par la Commission des thons de l'océan Indien (CTOI). Après plusieurs années de mesures de gestion et de réduction des captures, les évaluations scientifiques indiquent que le stock est revenu dans une situation plus favorable. Les décisions d'approvisionnement continuent toutefois d'être adaptées en fonction des nouvelles évaluations scientifiques.
Chaque espèce possède son propre état de stock, et chaque bassin de pêche évolue différemment. Diversifier les espèces et les zones d'approvisionnement permet d'éviter de concentrer la pression sur une seule ressource et d'adapter les approvisionnements aux recommandations scientifiques. Petit Navire développe par exemple davantage de produits à base de thon listao lorsque cette espèce constitue une alternative pertinente.
Chaque boîte de thon dispose d'un système de traçabilité permettant d'accéder à des informations sur l'espèce utilisée, la zone de pêche et le bateau. L'objectif est d'offrir aux consommateurs davantage de transparence sur l'origine du produit.
Un stock est considéré comme étant en bonne santé lorsque les scientifiques estiment que sa biomasse (la quantité totale de poisson de cette espèce) est suffisante pour assurer son renouvellement naturel et qu’il peut supporter un volume de pêche raisonnable. Ces évaluations sont réalisées régulièrement par les organismes scientifiques indépendants et servent de base aux décisions de gestion des pêcheries.

préservation des ressources
Mieux connaître l’origine du poisson et les conditions de sa pêche pour comprendre les enjeux liés à la préservation des ressources.
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